Association Loi de 1901, ayant pour but : la protection de l'animal et de l'environnement .
5 Avril 2013
LE CHOCOLAT : l'envers du décor
Dossier complet : récolte, production, les marques équitables et le choix de ne pas acheter ceux qui ne respectent pas l'équité.
Dès l'âge de 8 ans, les enfants travaillent dans les plantations de cacao.
Le chocolat, tout le monde en mange et avec Pâques, c'est l'occasion idéale de remplir son estomac et de gonfler le stock de ses placards. Mais combien coûte la production de cette gourmandise ? Qu'en est-il des pays producteurs de cacao ? Le chocolat rime-t-il toujours avec saveur et plaisir ?
Un plaisir coupable
Les Français sont très friands de chocolat et en consomment près de 6,7kg par an et par habitant. Nous somme ainsi les 5e consommateurs de chocolat au monde, derrière l'Allemagne, le Royaume-Uni, la Russie et les États-Unis. Mais il n'arrive pas directement en tablettes, en œuf ou en lapin dans nos placards. De nombreuses transformations sont nécessaires, à commencer par son extraction.
La majorité des plantations de cacao se trouve en Côte d'Ivoire, le plus gros pays producteur de chocolat. Ainsi, de nombreuses multinationales comme Nestlé, ADM, Barry Callebaut ou Cargill se sont installées dans les environs et achètent les fèves de cacao aux « pisteurs » ou intermédiaires. Ces mêmes pisteurs qui parcourent les plantations et rachètent à des prix dérisoires les quelques kilos de fèves de cacao produits par les planteurs. Achetées à peine 1€ le kilo, les familles ne peuvent décemment pas subvenir à tous leurs besoins et comptent sur leurs enfants, main d'œuvre gratuite, pour les aider. Le produit fini sera quant à lui revendu aux consommateurs entre 9 et 40€ le kilo suivant la marque du chocolat, cela fait réfléchir.
Ainsi, dès l'âge de 8 ans, ils abandonnent les bancs de l'école pour aller ramasser et faire sécher les précieuses fèves de cacao. Ils peuvent porter jusqu'à 10kg sur leurs frêles épaules, une charge beaucoup trop lourde qui, à terme, nuit à leur croissance et leur santé. L'extraction des fèves de la cabosse est la partie la plus dangereuse car les enfants se servent d'une machette très coupante, pouvant facilement s'entailler les mains, les bras et les jambes.
Des enfants esclaves
Le trafic d’enfants est malheureusement une des conséquences de cette ruée vers l’or brun. En effet, n’existant pas de prix minimum de vente pour le chocolat, il est peu rentable pour le planteur de payer des salariés lorsqu’il touche à peine 1€ au kilo. Ainsi, le travail des enfants leur apparaît comme la solution idéale pour limiter leurs coûts et faire des profits. Le reportage The Dark Side of Chocolate révèle ce trafic ignoble mais permanent. Le journaliste Svante Karlslej Ipsen interroge des habitants de Zegoua au Mali, située à quelques kilomètres de la frontière ivoirienne, qui sont chaque jour témoins du départ de nombreux enfants acheminés en bus vers les plantations.
Les propriétaires de plantations payent les trafiquants pour qu’ils fassent passer la frontière aux enfants, qui sur place, seront vendus à des fermiers et répartis dans les diverses plantations. Pour « recruter » de nouveaux enfants, certains trafiquants n’hésitent pas à se rendre dans des villages isolés et à kidnapper les enfants. A d’autres, ils leur promettent de gagner un bon salaire pour pouvoir aider financièrement leurs parents à leur retour.
Selon le documentaire Envoyé Spécial, un enfant est vendu minimum 230 euros pour venir travailler dans les plantations. Maltraités et battus s’ils ne travaillent pas assez, ou tentent de fuir, ils sont poliment renvoyés chez eux lorsqu’ils deviennent suffisamment forts pour se rebeller contre les planteurs. Triste vie pour ces enfants à qui on a fait miroiter un bon salaire pour qu’ils puissent subvenir aux besoins de leur famille.
Les multinationales coupables
Les multinationales savent-elles ce qui se passe dans leurs plantations ? Peuvent-elles dénoncer le travail d’enfants ? La plupart d’entre elles refusent les interviews et se bornent à déclarer ne rien savoir à ce sujet, mettant également en avant le fait « qu’elles ne peuvent pas avoir la main mise sur tous leurs employés ».
Quelques chiffres alarmants annoncés dans le reportage d’Envoyé Spécial prouvent que la situation n’est pas prête de s’arranger : les ventes de chocolat représentent un bénéfice de 62 milliards d’euros par an, alors que seulement 3 millions d’euros sont alloués aux plantations en Côte d’Ivoire pour aider les enfants à aller à l’école et ainsi freiner ce travail illicite. Seulement 2% de ces plantations ont bénéficié de ces aides. Autant dire que cela n’est clairement pas une priorité pour les multinationales qui préfèrent rendre des comptes à leurs actionnaires plutôt qu’à une population sans ressources.
Une prise de conscience nécessaire
Mais comment en finir avec ces pratiques si le protocole signé en 2001, interdisant le travail des enfants, ne réussit pas à faire changer les marques sur leurs politiques ? A qui la faute ?
• Aux marques ? Comme on dit la fin justifie les moyens. Et à Mathias Schlegel, qui travaille pour faire appliquer ce protocole, de déclarer dans le reportage pour Envoyé Spécial que « ce n’est pas un problème prioritaire sinon ils arriveraient à le régler ».
• Aux consommateurs ? Indubitablement car si les clients continuent d’acheter leurs produits, comment pourraient-elles vouloir remettre en cause un système qui marche et leur rapporte gros ? Pourtant le capitalisme, utilisé à bon escient, pourrait faire évoluer les choses et les mentalités. Si chacun pensait un peu plus à l’autre, peut-être qu’il faudrait moins de 40 ans pour résoudre ce problème ?
La réponse est simple, il suffirait que les consommateurs se tournent majoritairement vers le chocolat certifié « commerce équitable » pour pouvoir faire pencher la balance du côté des populations en danger. Même si ce label n’est pas exempt de tout soupçon, il se positionne néanmoins plus en faveur des petits producteurs.
La production de cacao représente le 3eme marché mondial de matières premières agricoles (après le café et le sucre) et génère un chiffre d'affaires de près de 80 milliard de dollars par an. Cependant, derrière ces chiffres florissants se cache d'autres chiffres :
- Le revenu des producteurs de cacao est d'environ 1$ par jour et par personne pour une famille de 6 à 7 individus dépendant uniquement de la production de cacao.
- Plus de 250.000 enfants sont utilisés et exploités dans les plantations de cacao de l'Afrique de l'ouest (principalement en Cote d'Ivoire)
Aujourd'hui, 90% de la production mondiale de cacao provient de petites fermes de 2 à 5 hectares et 68% est produite en Afrique (Cote d'Ivoire, Ghana, Nigéria et Cameroun). Au total, ce sont plus de 40 millions de personnes qui dépendent du cacao pour vivre (producteurs, travailleurs, familles). Les enjeux d'équité et de transparence sur la filière du cacao sont donc essentiels.
Trois marques se distinguent par une démarche de transparence et de pédagogie sans freins.
- Alter Eco : ce chocolat noir Intense dégustation est doublement labellisé car issu de l'agriculture biologique (label AB) et accompagné par l'association Max Havelaar, qui oeuvre entre autres pour une filière de cacao équitable.. Sur l'étiquette, la marque joue la transparence totale, ce qui lui vaut la première place dans ce classement. La provenance de tous les ingrédients sont indiqués et ils sont issus à 100% du commerce équitable. La pâte de cacao vient du Pérou (coopérative Acopagro avec projet de scolarisation et reforestation), le sucre de canne du Paraguay, le beurre de cacao de République Dominicaine et l'extrait de vanille de Madagascar. De plus, l'intérieur de l'emballage notifie la mention < produit compensé carbone > : la marque participe à un programme de reforestation avec l'équivalent du carbone émis au cours de la vie du chocolat. En revanche, il n'y a pas d'informations nutritionnelles. Mais sur Internet, beaucoup d'informations sont précisées dont 50 engagements pour le commerce équitable et l'environnement. On peut même télécharger les rapports d'audit réalisés dans les fermes. Alter Eco remporte la première place pour les informations fournies sur Internet.
- Ethiquable : ce chocolat Noir 68% qui vient du Pérou possède également les deux labels AB et Fairtrade Max Havelaar (avec 99,5% d'ingrédients équitables). On peut lire aussi sur l'emballage à base de fibres recyclées à 90% et imprimés avec des encres végétales, que la coopérative de producteurs de cacao est située dans la haute vallée de Piura, où 600 familles cultivent 1 à 2 hectares. Sur Internet, chaque coopérative de chaque pays est détaillée avec son processus de récolte, son histoire, son organisation, les effets économiques, sociaux et environnementaux du commerce équitable. Unique : le site mentionne le prix d'achat d'une tonne de fèves, soit entre 3500 € et 4000 € en 2007 alors que les cours internationaux étaient situés à 2000 €. Ethiquable arrive en deuxième position, et l'entreprise se démarque du lot avec Alter Eco, grâce à leur implication sur place auprès des coopératives et leur engagement environnemental.
- Jardin Bio : le chocolat Noir dégustation 70% de cacao marqué AB et Fairtrade Max Havelaar (100% d'ingrédients équitables) est fait avec une pâte de cacao de Saint-Domingue. L'étiquette mentionne aussi le nom de la coopérative de producteurs de cacao : Conacado en l'occurrence pour l'emballage observé. Jardin Bio du groupe Léa Nature est membre de "1% for the Planet", un réseau d'entreprises qui consacrent au minimum 1% de leur chiffre d'affaires annuel à des associations environnementales. Sur internet, on apprend que la Fundopo (Fundacion dominicano de Productores Organico) regroupe 752 producteurs de cacao, et ququi e95% du cacao y est cultivé est bio. La marque soutient des constructions d'écoles, un centre de soins, une ferme expérimentale et des cours d'alphabétisation. Jardin Bio arrive donc dans le peloton de tête question éthique et transparence.
D'autres marques d'acteurs engagés présentent un bilan légèrement décevant, les informations fournies paraissant parfois trop succinctes pour évaluer leur réelle implication.
- Kaoka : ce chocolat Bio Organic noir 70% est marqué Bio Equitable, un logo qui garantit les deux qualités que sont l'agriculture biologique et le commerce équitable(respect du cahier des charges Ecocert-Equitable, du certificateur Ecocert), et qui concerne ici le cacao et la vanille. Cependant, leur provenance n'est pas mentionnée sur l'étiquette. On en sait plus à la lecture du site Internet : la marque est implantée en Equateur et travaille avec 18 coopératives de l'Union des producteurs de cacao National d'Equateur, soit 1800 familles sur une surface de 12000 hectares de plantations certifiées bio. Leur éthique (revenus décents, respect de l'environnement, politique durable...) est mentionnée mais avec peu d'exemples concrets.
- Monoprix : le chocolat noir éclats de fèves de cacao de Monoprix Gourmet est étiqueté en provenance de Saint-Domingue, labellisé Fairtrade Max Havelaar avec 99% d'ingrédients équitables. Sur Internet, zéro information et une fausse : < origine France > pour ce chocolat de Saint-Domingue.
- Fairglobe Lidl : ce chocolat noir amer à 70% est labellisé Max Havelaar avec 99,5% d'ingrédients équitables. Sur l'étiquette, on ne trouve pas d'informations supplémentaires concernant l'approche environnementale mais on peut voir la provenance précise de la pâte de cacao, le Ghana. Pas d'informations sur le site Internet sauf un petit résumé de la démarche Fairtrade Max Havelaar mais en anglais !
- Carrefour : le chocolat noir 74% de cacao Equateur de Carrefour Agir Solidaire est labellisé Fairtrade Max Havelaar. Et 98% des ingrédients sont issus du commerce équitable. Pas d'informations supplémentaires sur le site Internet.
- Escale Equitable : labellisé Fairtrade Max Havelaar avec 99,5% d'ingrédients équitables, ce noir Dégustation 70% de cacao de la marque Lobodis ne donne pas le pays d'origine de la pâte de cacao sur l'étiquette, juste Amérique Centrale et Afrique. Pas de précisions nutritionnelles non plus. Sur le site Internet, aucune précision sur le cacao mais beaucoup plus sur le café.
- Marque Repère : laTablette d'Or Esprit noir 72% ne précise pas d'où vient la pâte de cacao sur son emballage. Sur le site Internet de la marque du groupe Leclerc, on connaît la provenance des fèves, Afrique et Océanie, mais pas de précision. Un encadré note seulement que le produit est fabriqué dans une usine qui réduit sa quantité de déchets.
Enfin, les grandes marques conventionnelles, bien qu'impliquées à divers titres dans des démarches de Responsabilité Sociale des Entreprises (la RSE est la contribution des entreprises aux enjeux du développement durable), communiquent peu sur leurs pratiques et n'ont pas entrepris de démarche de commerce équitable.
- Côte d'Or : un chocolat Dégustation 70% noir intense dont on ne connaît que très vaguement la provenance du cacao (Amérique du Sud, Afrique et autres origines). En revanche, la marque garantit qu'au moins 30% du cacao de chaque tablette de cette gamme provient de fermes vérifiées par l'ONG Rainforest Alliance. Une page complète précise la démarche sur Internet. La vérification Rainforest Alliance incite les agriculteurs à mettre en place une démarche d'agriculture durable de leurs fermes de cacaoyers pour contrôler les coûts, optimiser les rendements et la qualité des cultures. Cette vérification se fonde sur un ensemble de critères prenant en compte des enjeux environnementaux, sociaux, économiques.
- Lindt : cet Excellence 70% de cacao ne mentionne pas la provenance du cacao sur l'étiquette, ni aucune informations nutritionnelles. Mais sur le site Internet, on connaît un peu mieux les diverses origines des fèves - Amérique Centrale, Amérique du Sud, Madagascar et Ghana - et les différents engagements durables : démarche RSE de l'entreprise, adhésion à la Fondation Mondiale pour le Cacao et programme de cultures durables au Ghana dans le cadre du < Stustainable Tree Crops Programm > afin d'augmenter les revenus des exploitants ruraux locaux et de mieux respecter l'environnement.
- Nestlé : cet Intense 70% est issu de cacao d'Afrique de l'Ouest et d'Equateur mais sans origine précise notée sur l'emballage. Aucune précision non plus sur le site Internet Nestlé. Il faut se rendre sur < croquonslavie.fr > et < cocoaplan.fr > où l'on apprend que la marque est membre fondateur de < Initiative Cacao International>, ce qui engage à lutter contre le travail des enfants, contre les pratiques abusives et à former les fermiers. Egalement membre de la Fondation Mondiale du Cacao et initiatrice du < plan cacao > (collaborations avec l'association Max Havelaar), Nestlé finance des constructions d'écoles, des installations de pompes hydrauliques et diminue le nombre d'intermédiaires pour traiter directement avec les petites coopératives.
Source et textes : Les Amis Mots - WWF - Madidine et je consomme équitable.