Association Loi de 1901, ayant pour but : la protection de l'animal et de l'environnement .
12 Juin 2013
Voyage au cœur du gaspi des supermarchés parisiens
Des kilos de fraises à la benne et des douches à la Javel… La grande distribution n’a pas pitié de ses déchets. Pourtant, elle aurait les moyens de les limiter, mais elle n’en fait pas une priorité. Reportage dans la capitale.
Gariguettes pas à la fête :
De quoi allonger la liste des produits gaspillés. Chaque mois, certaines enseignes dressent le top 10 de la « casse », entendez des produits jetés. Sur le palmarès du mois d’avril que Terra eco s’est procuré dans une échoppe discount de taille moyenne, les fraises arrivent en pole position, avec plus de 110 kg de pertes. Mêmes dégâts chez Leader Price, où la gariguette n’était pas à la fête. « Parfois, lors des commandes, on fait de mauvais choix, les produits ne collent pas aux envies des clients », confesse Tarek (1), le responsable. Au-dessus de son bureau, le bulletin météo est affiché chaque jour pour lui permettre d’anticiper la saison des brochettes. « Mais il y a aussi les produits qui nous sont livrés déjà pourris », soupire-t-il. Sans compter les aliments comestibles, mais à l’emballage déchiré, mal étiquetés, ou les boîtes de conserves qui ont pris un coup sur la caboche. Pour tous, la sanction est la même : direction les sacs-poubelles pour une douche à la Javel. La règle vaut pour l’ensemble des enseignes. « Mais en réalité, pas grand monde ne le fait, commente un chef de magasin. Si on voulait être réglo, il faudrait ouvrir chaque pot de yaourt, chaque barquette de viande et y verser de la Javel, c’est un boulot monstre, on n’a pas le temps. »
Alors, pour éviter les glaneurs qui risquent de s’intoxiquer – officiellement –, ou de souiller la devanture du magasin – officieusement –, les supermarchés complotent. « On guette le passage du camion et on sort les bennes au dernier moment », explique un employé. Dans les magasins Dia, donner un ingrédient périmé constitue une faute grave, voire un motif de licenciement. « La direction utilise les dates comme un moyen de pression sur les salariés. S’ils refusent les heures supplémentaires, c’est sur ce genre de choses qu’on va les coincer », confie un chef de magasin. Alors les salariés font du zèle. Et les poubelles grossissent. Un magasin Franprix chiffre à environ 3000 euros la valeur des produits qui partent chaque mois à la poubelle. Pour un Dia de 400 m2, ce chiffre grimpe à 9000 euros, en moyenne. Des pertes conséquentes mais largement tolérées par les groupes. « On a droit à 1% ou 1,5% de casse sur l’année », explique un responsable de l’enseigne.
Côté gaspillage, les directions sont indulgentes. Car selon un rapport publié en 2011 par le ministère de l’Agriculture (2), en réalité, seuls les déchets de préparation de boucherie et de poissonnerie ne peuvent être évités, tout comme les fruits et légumes détériorés. Sur tous les autres produits, les supermarchés peuvent agir. Soit en assurant les rotations, c’est-à-dire en plaçant chaque jour les produits les plus anciens à l’avant des étals pour qu’ils trouvent preneurs. Soit en les mettant progressivement en rayons. « Mais il faudrait un espace de stockage et un salarié de plus, ce qui coûte bien plus cher que la valeur des produits jetés », reconnaît un responsable de Franprix. Alors pour écouler ses stocks, le gérant ruse. Derrière lui le montant « 4 euros » a été inscrit au marqueur sur une barquette de côtelettes qui en valait 8. Là encore, la charte de l’enseigne l’interdit. Même politique chez Leader Price : « On a pour consigne de ne pas faire de promos pour ne pas tirer les prix vers le bas », explique Tarek.
http://alimentation.gouv.fr/IMG/pdf/Pertes-gaspillages_RAPPORT270112_cle02c35d.pdf